Sélection variétale : un équilibre de plus en plus complexe entre rendement et résilience
Entre aléas climatiques, retrait de solutions phytosanitaires et exigences croissantes des débouchés, la génétique suscite plus que jamais de nombreuses attentes. Mais cet empilement d’objectifs rend l’équation de plus en plus difficile à résoudre. C’est l’un des messages des Journées de l’innovation organisées le 10 février par Arvalis à Chartres.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
« Le progrès génétique influe sur les rendements, la qualité du grain et la tolérance aux maladies, a rappelé Edouard Baranger, ingénieur Arvalis en région Centre. Et il évolue dans un contexte marqué par le changement climatique, les évolutions réglementaires qui limitent les molécules disponibles et l’adaptation des pathogènes aux variétés. »
La sélection variétale a permis une nette progression des rendements. En blé tendre, elle est estimée en moyenne à 0,5 q/ha/an depuis la fin des années 1980, avec des niveaux comparables en orge d’hiver. En maïs grain, elle est de 0,3 q/ha/an. Pourtant, dans les statistiques nationales, les rendements plafonnent depuis la fin des années 1990. En cause : la montée des accidents climatiques, la variabilité interannuelle et la réduction de certains leviers techniques. Les essais variétaux montrent au contraire des gains réguliers, tels qu’une meilleure fertilité des épis de maïs, et une amélioration du remplissage du grain en conditions stressantes. « En raison de la hausse du rendement, on observe une dilution de la protéine, ajoute Edouard Baranger. Mais la génétique a permis d’exporter plus d’azote dans les grains. On est à - 0,4 % de teneur en protéines depuis 15 ans, mais sans cette capacité à exporter plus d’azote, on serait à - 0,7 %. » Autrement dit, le progrès génétique existe, mais il compense d’abord des contraintes de plus en plus fortes.
Les critères de la sélection se sont multipliés
Historiquement, la sélection s’est construite autour d’un triptyque potentiel de rendement, stabilité et tolérance aux maladies foliaires. Depuis la fin des années 2000, pour répondre aux nouvelles contraintes imposées aux agriculteurs, les critères se sont multipliés : tenue de tige, précocité, qualité technologique, puis tolérance aux maladies du pied, aux ravageurs ou encore efficience vis-à-vis de l’eau et de la température.
Sur le terrain, le rendement demeure un critère de choix, mais pour nombre d’agriculteurs, il est désormais considéré comme acquis. Le tri se fait donc sur le reste : profil maladies, précocité, adaptation au précédent, qualité pour la commercialisation ou encore gestion des adventices. « J'ai deux variétés de blé, tout simplement parce que j'ai deux types de sols, explique ainsi un céréalier interrogé par Arvalis. Sur les sols superficiels, ce sont des blés précoces afin qu'ils aient une maturité avant la sécheresse, et sur les terres un peu plus profondes avec plus de potentiel, c’est une variété plus tardive. » Un autre agriculteur interrogé témoigne : « Mon critère principal pour le choix de ma variété en maïs, c’est le débouché, pour avoir la meilleure rémunération possible. »
Des exigences de marché de plus en plus structurantes
Car la diversité des débouchés constitue aujourd’hui un critère de choix. Meunerie intérieure, export, alimentation animale ou industrie n’attendent pas les mêmes profils. « En blé, la protéine est un critère qui rentre dans quasiment tous les cahiers des charges, explique Adeline Streiff, ingénieure qualité des céréales à pailles. Le poids spécifique aussi, et ensuite viennent des critères plus spécifiques selon les débouchés, avec en parallèle des seuils à respecter sur la qualité sanitaire. » Force boulangère, dureté, temps de chute de Hagberg, aptitude boulangère, mais aussi mycotoxines, ergot ou cadmium sont aujourd’hui scrutés.
L’export, qui représente plus de la moitié des débouchés du blé français, impose des profils très différenciés selon les destinations. Les exigences ne sont pas les mêmes entre les marchés d’Afrique subsaharienne, accessibles dès 10,5 % de protéines, et d’autres clients qui demandent au minimum 11,5 %, avec des poids spécifiques plutôt autour de 77-78 kg/hl et des forces boulangères élevées. Cette hétérogénéité est d’autant plus difficile à anticiper que la géographie des ventes évolue : historiquement dominante, l’Algérie a reculé au profit d’autres pays comme le Maroc ou la Chine, tandis que la concurrence russe rebat les cartes. « On a une multitude de marchés et, au sein de chacun d’eux, des besoins extrêmement diversifiés », souligne Adeline Streiff.
Un positionnement plus difficile pour les sélectionneurs
Ces recompositions obligent la sélection variétale à s’adapter en permanence à des cahiers des charges mouvants, ce qui rend le positionnement variétal plus instable et explique que certaines variétés soient retirées rapidement après leur dépôt. « Sur 1 000 variétés déposées chaque année, il y en a 400 qui ne sont finalement pas inscrites, explique Virginie Bertoux, secrétaire générale du CTPS, le comité technique permanent de la sélection des plantes cultivées, auprès duquel sont inscrites les nouvelles variétés. Parmi elles, il y a des retraits volontaires de la part des obtenteurs, qui craignent une trop grande difficulté à positionner la variété sur le marché. »
Conséquence : la « variété idéale » doit combiner un nombre croissant de caractéristiques. Et chaque nouveau critère peut se faire au détriment d’un autre. D’autant que certains leviers génétiques restent inexistants pour certains bioagresseurs tels que le piétin-échaudage ou la ramulariose. Dans ce contexte, la stratégie repose sur la combinaison de profils complémentaires à l’échelle de l’exploitation ou même de la parcelle. La génétique n’est plus seulement un moteur de productivité. Elle apparaît comme un outil de gestion des risques et d’adaptation à des systèmes de culture plus contraints et à des cahiers des charges multiples.
Pour accéder à l'ensembles nos offres :